CHAPITRE I
CADRE THÉORIQUE DE LA RECHERCHE
I. Qu’est-ce que lire ?
Lire n’est pas un processus simple mais complexe. Elle est avant tout une activité de
communication. Et comme c’est une activité communicative, la finalité essentielle de
l’acte de lire, c’est donc la compréhension du message du texte. Selon S. Moirand
(Situations d’écrit, 1979, p 2), « la lecture est une interaction entre un texte et un
lecteur, interaction où les caractéristiques de l’un interagissent avec celles de l’autre
pour la prise et le traitement de l’information en vue de produire un sens spécifique
au contexte dans lequel l’activité de lecture se réalise ». C’est aussi ce que dit Adam
(1998) : « La lecture est une construction du sens de la part du lecteur qu’il effectue
en interaction avec le texte et le contexte ».
II. Modèles de compréhension en lecture
1. Modèles ascendants : Ces modèles de compréhension sont encore appelés
« modèles du bas vers le haut », « base-sommet » en français ou « bottom-up » en
anglais. Il s’agit des modèles où le lecteur accède au sens du texte en suivant un ordre
logique : il commence par voir le lettre et remonte jusqu’au mot, à la phrase, au
paragraphe puis au texte.
2. Modèles descendants : Ces modèles de compréhension appelés ainsi « du haut
vers le bas » en français ou « top-down » en anglais : Le lecteur utilise les
connaissances qu’il possède sur le monde, sur le sujet et sur la langue pour émettre
des hypothèses et faire des prédictions qu’il pourra par la suite confirmer ou infirmer
en recourant aux indices sémantiques et morphosyntaxiques retenus. Ainsi, la
signification globale du texte est construite dès le début de la lecture à partir d’une
hypothèse (idée générale). Au fur et à mesure de sa lecture, le lecteur retient de
nouveaux indices grâce auxquels il vérifie l’hypothèse de départ et formule de
nouvelles hypothèses lui permettant l’accès au sens. En bref, les modèles descendants
sont déductifs, ils procèdent du tout à la partie
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3. Modèles interactifs : Les modèles interactifs se fondent sur un mélange des deux
premiers. Ils combinent les points forts des modèles ascendants et descendants en
insistant sur l’interaction entre les deux : les systèmes de niveaux inférieurs et
supérieurs sont pris tous les deux en considération. Ainsi, pour construire le sens du
texte, le lecteur peut utiliser des stratégies relevant de ce modèle ou de l’autre ou des
deux à la fois selon la quantité d’information contextuelle contenue dans le texte. Il
recoura à des stratégies du modèle ascendant si l’information contextuelle est faible
ou inexistante et à des stratégies du modèle descendant si le texte est riche.
III. La compréhension en lecture
1. Le schéma des composantes de la lecture
2. Les trois facteurs de la lecture
La compréhension en lecture est fonction des trois variables indissociables : le
lecteur, le texte et le contexte qui exercent entre elles des interactions étroite.
2.1. Le lecteur, la lectrice
Cette composante représente ce qu'est le lecteur ou la lectrice, ce qu'il fait et ce qu'il
sait. Il ne se présente pas « vierge » ou « vide » devant un texte, mais il travaille le
texte avec son bagage pré acquis (Adam, 1998). En bref, ses connaissances sur la
langue, ses connaissances sur le monde, son attitude générale, ses goûts, ses besoins
ainsi que sa perception de lui-même en situation d'apprentissage vont aussi intervenir
dans sa compréhension. De plus, la capacité de prendre des risques et la peur de
l'échec peuvent également influencer sa compréhension d'un texte. En outre, il est
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Lecture
Facteurs de la lecture stratégies
Niveaux de compréhension
Processus de lecture
aussi important de remarquer que les habiletés ( comme : la capacité de reconnaître
les mots de façon automatique sans avoir à en analyser les composants, la capacité de
prédire des informations qui vont apparaître dans le texte en se servant de
connaissances particulière qu’il possède et la capacité de construire des hypothèses
sur le contenu par l’observation des éléments externes comme le titre, les sous-titres,
les images, etc) et les stratégies en situation de lecture (le balayage, le survol, la
lecture intégrale…par exemple) exercent une grande influence sur la compréhension
du lecteur.
2.2. Le texte
Le texte est aussi un facteur important pendant la lecture. Il concerne le matériel à
lire, autrement dit tous les composantes donnant d’instructions au lecteur. Les
composantes d’un texte peuvent faciliter ou compliquer la tâche du lecteur ou de la
lectrice. Ce sont : l'intention de l'auteur, l'organisation des idées et le contenu du
texte. De plus, le type de texte, la nature de l'écrit, la structure du texte et les
conventions de l'écrit sont des éléments qui peuvent faciliter ou compliquer la
compréhension.
2.3. Le contexte
Le contexte représente la situation dans laquelle se trouve le lecteur ou la lectrice
pour aborder le texte. Ainsi, l'intention de lecture, l'intérêt porté au sujet par le lecteur
ou la lectrice, l'intervention de l'enseignant ou de l'enseignante ou des pairs ainsi que
le temps disponible et le niveau de bruit autour d'eux peuvent faciliter ou compliquer
la tâche de lecture.
3. Le processus de lecture
3. 1. La prélecture
La prélecture est une étape importante qui facilite l’entrée dans un texte. C'est le
moment de la mise en situation où l’élève prend connaissance de l'intention de
lecture, fait le point sur ses connaissances du sujet, de la structure ou du genre de
texte et commence à faire des prédictions, à émettre des hypothèses sur le genre
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littéraire, la structure du texte ou sur toutes autres informations contenues dans le
texte.
3. 2 La lecture
C'est l'étape où l'élève - lecteur lit le texte et met en œuvre les différentes stratégies
qui lui permettront de gérer sa compréhension en fonction de son intention de
lecture. Ainsi, il peut vérifier les hypothèses émises lors de l'étape de pré lecture,
organiser les informations qui se présentent, traiter ces informations en les
confrontant à ses connaissances antérieures et en venir à se poser des questions
nouvelles qui amèneront d'autres hypothèses.
3. 3 La post lecture
C'est l'étape où l'élève réfléchit sur ce qui a été fait, comment cela a été fait, sur les
difficultés rencontrées et sur ses acquisitions au niveau du contenu général et
linguistique.
C'est aussi à cette étape qu'il réagit, analyse et évalue ses nouvelles connaissances
pour se les approprier. Cela lui permet de s'approprier le processus de lecture et de
l'utiliser dans d'autres situations d'apprentissage.
4. Les niveaux de compréhension en lecture
Selon Bloom, il existe quatre niveaux de compréhension en lecture :
4.1. La compréhension littérale : C'est comprendre les informations ou les idées
données de façon explicite par l'auteur dans un texte.
4.2. La compréhension inférentielle ou interprétative : C'est comprendre des
informations implicites qui ne sont pas clairement exprimées dans le texte.
4.3. La compréhension critique : Le lecteur porte un jugement sur le texte de sa
façon.
4.4. La compréhension créative : C'est le niveau de compréhension qui permet au
lecteur d'appliquer les différentes significations trouvées dans une lecture à sa vie
personnelle.
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5. Les stratégies de lecture
Lire, c'est construire le sens d'un texte et l'élève est un lecteur actif dans cette
construction du sens. Cette construction du sens exige que l'élève ait à sa disposition
les moyens de réaliser son projet de lecture et qu'il puisse les utiliser de façon
efficace. Et les moyens mis à sa disposition pour réaliser son projet de lecture sont les
différentes stratégies de lecture qu'il utilise avec différents textes afin de répondre à
son objectif de lire.
IV. Les stratégies de lecture
1. Qu’est-ce qu’une stratégie de lecture
La question de notion de stratégie de lecture est présente différemment dans les
travaux de E. William, dans les textes fondateurs de l’AG, dans l’ouvrage de F.
Cicurel… Pour notre part, nous partageons le point de vue de William pour qui les
stratégies sont « des démarches conscientes mises en œuvre (…) pour atteindre un
objectif ». Il s’agit de la manière dont on lit un texte. Nous nous mettons d’accord
sur l’idée que comprendre comment un lecteur reconstruit le sens d’un texte c’est
également comprendre comment il met en œuvre des stratégies de lecture appropriées
aux caractères du texte et aux objectifs de sa lecture .
2. Critères du choix d’une stratégie de lecture
Il est indéniable que les trois variables « le but », « le texte » et « le lecteur »
conditionnent la nature des stratégies mises en œuvre. Cependant, selon les
psycholinguistiques cognitivistes, la variable « but » occupe une place centrale dans
la détermination de la nature des. Vient ensuite la variable « le texte » qui exerce
aussi une influence importante sur le choix des stratégies de lecture. Nous sommes
d’accord avec Jean-Paul Martinez (2003) que le bon lecteur possède non seulement
des stratégies de lecture variées mais il sait encore « choisir et gérer ses propres
stratégies en fonction de son intention de lecture et du type de texte à lire ». Quant à
la variable « lecteur », tous les facteurs (connaissances linguistiques, connaissances
du domaine abordé du texte…) influencent sur ses traitements cognitifs et son niveau
de compréhension que sur son choix de stratégies de lecture. Le lecteur peut alors
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choisir des stratégies appropriées mais il ne les utilise pas aussi efficacement que les
autres.
En résumé, pour choisir une stratégie de lecture, il faut prendre en compte de deux
critères suivants : les objectifs de lecture et le texte à lire.
2.1. Objectifs de lecture :
Chaque lecteur a ses raisons pour lire. En général, on lit : pour s’informer, pour
pourvoir agir, pour le plaisir ou pour se former.
2.2. Le texte à lire
2.2.1. Les types de textes
Selon la typologie de JM Adam (Adam, Français dans le monde, n
o
291) on peut
compter :
Textes narratifs : C’est le type de texte dans lequel on décrit une action, imaginaire
ou réelle, présente ou passée, dans laquelle on peut mettre en évidence un
déroulement non seulement temporel, mais aussi causal. Le texte narratif repose sur
la notion de chronologie.
Textes descriptifs : C’est le type de texte dans lequel on décrit un état, (par
opposition au texte narratif).
Textes informatifs : Il s’agit des textes qui apportent des renseignements sur des faits,
des êtres ou des choses. Il a pour but d’informer.
Textes argumentatifs : C’est le type de texte dans lequel l'auteur cherche à
convaincre, à persuader le lecteur.
Textes injonctifs : C’est le type de texte dans lequel l'auteur donne des consignes,
des ordres, des conseils, des indications pour aider ou inciter le lecteur à faire
(ou ne pas faire quelque chose).
Textes explicatifs : C’est le type de texte dans lequel l'auteur cherche à expliquer, à
faire comprendre quelque chose. On appellera souvent ces textes des documents.
Textes conversationnels : C’est le type de texte qui reproduit un dialogue, une
discussion
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2.2.2. Structures des textes
Selon la définition du texte proposé par Adam, tout texte peut être conçu comme une
structure complexe qui fonctionnent à des plans d’organisations différents. Une
information n’est pas donnée au hasard, mais elle est toujours organisée de façon
logique avec les autres. Cette organisation permet de rendre compréhensible
l’intention de communication de l’auteur.
3. Profils d’un bon lecteur
Beauséjour (1998) a mené des recherches sur l’utilisation des stratégies chez les
élèves pour pouvoir différencier le bon lecteur du mauvais lecteur. Et il a reconnu que
le bon lecteur est celui qui possède et met en œuvre des stratégies de lecture lors de sa
lecture comme : utilisation du contexte, prédiction, mots de substitution, idée
principale… Le mauvais lecteur à tous niveaux n’a pas recours à ces stratégies pour
rechercher la signification du texte. Il considère la lecture comme le décodage d’une
succession de mot et il lit le texte mot à mot.
Cependant, un bon lecteur possède non seulement des stratégies de lecture variées
mais c’est encore « celui qui choisit et organise ses stratégies » (Romainville, 1993),
« il sait choisir et gérer ses propres stratégies en fonction de son intention de lecture
et du type de texte à lire » (Jean-Paul Martinez, 2003). De plus, en cas de difficultés
ou de panne de lecture, un lecteur flexible et actif « essayera de compenser et
d’utiliser une autre stratégie », autrement dit il sait changer de stratégies de lecture
selon son intention (Stanovitch, 1989).
En bref, le bon lecteur, même débutant, devrait savoir sélectionner, conduire et
adapter ses stratégies aux caractéristiques du texte et à son intention de lecture.
4. Présentation des stratégies souvent utilisées en compréhension d’un texte
4.1. Stratégie : Lecture de repérage et lecture survol
Le repérage (scanning en anglais) consiste à repérer rapidement une information
précise (noms de personnes, dates, chiffres, heure d’ouverture d’une exposition,
horaires de trains), à trouver une citation, à dégager un nombre d’éléments ou à
localiser une partie du texte, une section particulière (par exemple : balayer un
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journal pour trouver un article à lire…). On procède par balayage. On l’appelle
encore le balayage ou la lecture sélective (Moirand, 1979).
Le survol (skimming en anglais) consiste à se faire une idée générale du texte, du
contenu d’un passage textuel, de tirer le sujet abordé, l’intention de communication
ou de dégager l’organisation du texte lu sans avoir à le lire en entier.
4.2. Stratégie : Lecture d’approfondissement
C’est une stratégie de lecture qui demande au lecteur de rechercher d’une façon
précise et approfondie des passages du texte. Il s’agit d’une analyse fine et détaillée
du texte. Cette stratégie est mise en application quand on veut analyser en détail,
rechercher des réponses précises aux questions, établir les points importants et faire
justifier, structurer les informations et mémoriser, réagir ou faire des liens avec le
texte.
4.3. Stratégie : Activer les connaissances antérieures
C'est mettre en œuvre les connaissances pré acquises des élèves sur le sujet qui
peuvent faciliter et orienter la compréhension du lecteur au cours de la lecture du
texte.
4.4. Stratégie : Faire des prédictions
Il s’agit de formuler, à partir des connaissances antérieures du lecteur sur le sujet et le
type de texte, une série d'hypothèses sur ce qu’il va trouver dans le texte, tant du
point de vue du contenu que de la forme.
4.5. Stratégie : Utiliser le contexte linguistique et les connaissances lexicales pour
deviner le sens d’un mot nouveau
Il est évident que tout texte contient un certain pourcentage des mots nouveaux.
Certains mots inconnus sont secondaires s’ils n’interviennent pas beaucoup la
compréhension du texte. Sans savoir le sens de ces mots, le lecteur peut arriver à
saisir le sens du texte. Cependant, il existe également des mots nouveaux importants
qui portent une partie du contenu à dégager. Dans ce cas, le lecteur devrait avoir
recours à cette stratégie pour deviner le sens de ces mots. Il va utiliser le contexte
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linguistique, c’est-à-dire les autres mots qui les entourent, qui les précèdent et les
suivent.
4.6. Stratégie : Utiliser les connaissances des types de textes et des structure
textuelles
Les connaissances textuelles, comme ont remarqué certaines linguistiques, jouent un
rôle important dans la recherche du sens d’un texte. L’utilisation de ces
connaissances, selon plusieurs chercheurs, est une des stratégies importantes. Les
connaissances sur les types de textes et les structures textuelles vont permettre au
lecteur de retenir les marqueurs de relations typiques utilisés et de reconnaître leur
structure, cela permet de voir comment l’information a été organisée. La lecture d’un
texte est donc plus facile. Cette stratégie est subsidiaire au survol dans l’identification
de l’organisation du texte. Par la suite, le lecteur sera capable de composer lui-même
un autre texte ou message organisé de la même façon.
4.7. Stratégie : Interpréter la référence
Dans un texte, pour éviter la répétition des mots qui peut causer l’ennui chez le
lecteur, on utilise souvent le mot de substitution. Pourtant, ce remplacement constitue
parfois l’obstacle pour le lecteur quand il lit le texte notamment en langue étrangère.
C’est pourquoi, l’interprétation de la référence est une stratégie importante à ne pas
négliger.
On entend par ce terme le fait d’identifier ce qu’un mot ou groupe de mots remplace,
autrement dit déterminer la relation entre le mot de substitution et son référent. On
appelle mots de substitution les mots utilisés pour en remplacer un autre qu'on
appelle référent. Le lien entre le mot de substitution et le mot qu'il remplace s'appelle
une référence.
4.8. Stratégie : Identifier l’idée principale
Lors d’une lecture, le lecteur fait parfois appel à cette stratégie pour mieux
comprendre un texte ou un paragraphe, pour mieux retenir les informations
principales du texte ou mieux organiser les idées lors d'une production écrite. Dans
certains cas, il est demandé de saisir les idées essentielles du texte dans un temps
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limite qui n’est pas suffisant pour lire tout le texte. Alors, avec le repérage et le
survol, il va découvrir le thème et l’organisation du texte. Ensuite, il va identifier les
idées principales. Une combinaison des informations saisies lui permettra d’avoir
une compréhension essentielle du texte.
4.9. Stratégie : Gérer sa compréhension / formuler des hypothèses au cours de la
lecture
Lors d’un examen ou de la lecture d’un texte difficile, il arrive souvent que les élèves
ne puissent pas comprendre une phrase, une idée et même l’ensemble du texte. Dans
ce cas, il est conseillé d’avoir recours à cette stratégie pour identifier la source et
trouver une solution en vue de rétablir la compréhension. On entent par cette stratégie
le fait que le lecteur relit une phrase, puis la ou les phrases précédentes et suivantes,
se questionne sur le contenu de la phrase et essaie de répondre aux questions posées.
De là, il émet une hypothèse selon le contexte et poursuit sa lecture et n’oublie pas de
vérifier ces nouvelles hypothèses.
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